jeudi 8 novembre 2007

Une mocheté à lunette

Une mocheté à lunette. C'est ça que j'suis dans les derniers jours. Une mocheté à lunette. Et qui commence en plus à être drôlement morveuse. À répandre ses saletés de microbes un peu partout dans mon 4 et demie à force d'énorme-atchoumage qui intidimerait n'importe quel éléphant. La décontamination de la maison sera longue et pénible. Je vois déjà des bouts de kleenex infestés traînant sur le plancher. Des tasses de tisane à moitié bues gisent sur des coins de meubles, des dessous de sofas, des dedans de lits. Des gouttes d'échinacée séchées abiment le comptoir de ma cuisine. Et mon pyjama devra probablement être brûlé vif pour éviter l'épidémie apocalyptique. Rien de moins. Mais avant tout je tiens à dire que je suis une mocheté à lunette. Parce que depuis deux jours que par paresse, ennui, maladie, fatigue, je n'ai point mis dans mes yeux cette invention fabuleuse qui s'appelle verre de contact (et qui vous permet de vous faire votre premier petit ami au secondaire après des années de véritable calvaire... alélouia ! ). Mais bon ne revenons pas sur un passé peu passionnant. Concentrons-nous sur le présent. Sur moi. Avec des lunettes, j'suis laitte. C'est pas compliqué.

J'suis yien que ben laitte. Pourtant, j'en connais des gens qui portent des lunettes et qui sont très beaux. Des fois même ça leur donne plus de style. Pas moi. Moi avec des lunettes j'suis aussi moche qu'un mini-chien-laitte-blanc-plein-de-poils avec un mini-imperméable-jaune pis des p'tites bottes assorties. J'suis aussi moche qu'un lit pas de drap, qu'un poulet pas de plumes, qu'un char pas de pneu. Pourtant, j'aimerais donc ça quand j'ai mes lunettes d'avoir l'air de la petite auteur intello qui réfléchit à son prochain best-seller. Du philosophe renommé qui va dire quelque chose de brillamment intelligent. De la jeune secrétaire talentueuse et sensuelle qui a d'la classe et qui sous sa jupe grise cache un porte-jartelle en dentelle. Mais non. Moi avec des lunettes, j'ai juste l'air ordinaire. Pas extraordinaire comme quand j'en ai pas. Ordinaire pis plate. Pis en plus ça enlève drastiquement de la puissance à mon regard félin-féroce. C'est comme un mur entre moi et le reste du monde. Les lunettes de la répression mes amis. J'vous le jure. Elle m'enlève toute liberté de m'élever plus haut. Sauf que les jours de grande maladie comme aujourd'hui, le confort l'emporte sur l'ambition. Et mes lunettes me rabaissent à l'état zéro. Où il fait quand même bon de rester. Endorlotée dans une doudou chaude, avec sur le dos un vieux chandail troué, les seins qui pendent allégrement dessous, vêtue de bobette en coton usé, avec en face de moi la télé qui joue Ratatouille pour quand même faire semblant de faire quelque chose, les casseroles de soupe poulet et riz qui s'accumulent dans le fond de l'évier, une boite de kleenex à mes côtés comme amant idéal pour caresser le bout de mon nez. Ouais, le confort d'être malade. De se donner le droit d'être moche. Avec nos pupilles dilatées de fatigue. Nos lèvres séchées. Nos boutons de fièvre. Notre peau terne. Nos doigts fragiles. Notre nez irrité. Et pouvoir, sans remord, dire que cet état de mocheté actuel est, juste et seulement, d'la faute d'un seul et unique individu... Une innocente paire de lunette.

1 commentaire:

J. a dit…

courage, ma belle.