lundi 19 mai 2008

3 jours. 3 paragraphes.

Jeudi soir dernier, c’était soir de bonheur. Parce que après deux ans de silence, j’ai repris des cours de chant. Mon diaphragme hurlait de joie en dedans de moi. Mes pieds sautaient de folie. Ma tête euphorique. C’est fou comme chanter me fait du bien. Il y a tout mon corps qui se libère. Mon nouveau professeur, homosexuel à 200%, avec des chaussures pointues en peau de crocodile, ses sourcils aussi brossés que les poils du chien de mon voisin et une exubérance verbale incomparable, m’a incroyablement remonté le moral. J’ai une voix puissante capable de tout faire. Tu veux faire de l’opéra, tu peux. Tu veux chanter du jazz, tu peux. Tu veux chantonner des vieux airs français, tu peux. Tu veux tout faire, tu peux. Imaginez les possibilités. C’est en même temps génial et complètement déstabilisant. Parce que ça veut dire faire des choix. Pis pour moi, faire des choix c’est un vrai calvaire. Une abomination plus qu’abominable. Mais bon, pour l’instant, je ne me pose même pas la question. Parce que je chante. Et mon prof a la merveilleuse façon de m’apprendre en me faisant visualiser des images dans le genre :«Faque là, tu vas me faire le même son, mais fais-le comme si t’étendais du caramel sur une tranche de pain croustillante. Faque là, tu vas me faire le même son, mais comme si tu mangeais le meilleur morceau de chocolat au monde.» Ça paraît très con comme ça et plutôt quétaine, mais je pogne merveilleusement bien à cette drôle de manière d’enseigner et ma voix lentement prend sa place dans mon grand corps de 5 pieds 11. Elle prend sa place et sort comme une lionne muselée trop longtemps. Ça vibre et ça me réchauffe. Ça me donne l’envie soudaine de monter sur la table et de faire mon show. Ça me donne l’envie soudaine de tout laisser tomber et de devenir choriste pour Céline Dion. J’ai la voix puissante. Et de me le faire dire. Et de le sentir. Et de la faire sortir. Ça me rend forte comme jamais avant. Vraiment.

Samedi toute la journée, c’était jour de petites découvertes. Mon ami Phil m’a appelé pour partir en expédition avec sa fille et une copine à lui vers la destination de Oka. Entre autre, pour voir des perroquets en folie… Phil a souvent des idées comme ça, curieusement sortie de nulle part mais toujours assez intrigantes à explorer. Finalement, arrivés là-bas, on a constaté que perroquets en folie était fermé. On s’en fout. On se laisse aller. On se laisse guider. On s’est retrouvé à errer une bonne heure chez un antiquaire sympa. Avec une barbe longue jusqu’aux chevilles et des airs de vieux bum qui s’est assagit mais qui en a vu plus d’une dans sa vie. Pis une femme tout le contraire de lui, une grande blonde bien fringuée. À se demander ce que les deux font ensemble. M’enfin on a checké les vieilles bébelles, les vieux meubles en bois qu’on voudrait bien ramener chez soi, les barattes à beurre et les anciennes poupées en porcelaine écaillée digne des films d’horreur les plus réussis. Pis au fil des allées et au courant de la conversation, on s’est finalement rendu compte moi et l’antiquaire, qu’on avait le même nom de famille, des yeux verts de la même couleur et probablement bien loin dans l’histoire, un parent commun. Sûrement même. Après on a repris la route pour visiter la maison sur laquelle Phil travaille, fouiner les ventes de garage et s’acheter par-ci par-la des p’tits trucs à grignoter. On a fini la journée à bouffer des hamburgers sous la pluie chez le boss à Phil. Qui s’avère aussi être le fils de Gilles Vigneault. En plus d’être un monsieur vraiment sympa. Qui vit dans un p’tite bicoque charmante sur le bord du lac. Qui passe tout l’hiver au Costa Rica. Et qui possède dans son sous-sol un vrai trésor. Des dizaines d’instruments de musique. Ça donne envie d’être là au prochain jam. D’apprendre à jouer de la guitare. Pour pouvoir y participer. Ça me dit juste que j’aimerais bien pouvoir jouer du piano avec les dix doigts en même temps. Pis en chantant. Comme la tune qu’il nous a chanté pendant que Phil essayait de montrer à sa fille (de six ans) à jouer au billard. Sans succès. Mais elle a encore le temps… On a fini la journée à Montréal, à prendre un verre. Pour me rendre compte que putain que ça fait du bien de sortir de la ville, de sortir de chez soi. De découvrir d’autres gens. D’autre mode de vie. D’autre chose. Et de se laisser rêver ou inspirer. Et qu’on a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour faire des merveilleuses petite découvertes.

Dimanche en fin d’après-midi, c’était dimanche d’échecs réussis. Ma sœur, ma mère, mon beau-frère et moi, tous réunit pour aller faire une surprise d’anniversaire à ma grand-mère. D’abord, il faut que je dise que ma grand-mère est femme extraordinaire qui vient d’avoir 92 ans. 92 ans, fuck. J’avais pas réaliser jusqu’à temps que ma mère me le dise. Dans ma tête à moi, ma grand-mère, elle était vieille. Pis je disais :«Ouais ma grand-mère est vieille. Elle a qq chose autour de 80…» La seule chose que je m’étais pas rendu compte c’est que ça fait justement à peu près dix ans que je la répète cette phrase-là… Donc, tout ça pour avoir la surprise que ma grand-mère fête cette année ces 92 ans. Encore bien solide sur ses petites jambes. À vivre dans la maison où elle a élevé sa famille et cuisiné bien des carrées au Rice Krispies pour les petits-enfants gourmands à Noël. Bref, c’est exactement dans cette maison qu’on arrivé, hier, pour fêter cette femme extra. Sauf qu’on s’est cogné le nez à la porte. Parce qu’elle n’y était pas. Avec la clé cachée, on est quand même rentré. Et on s’est posé bien des questions. Où était passé grand-maman ? On a fait des dizaines d’appels. À la recherche d’une grand-mère disparue. Pour finalement découvrir qu’elle était allée manger au resto avec ma tante… Surprise plutôt raté ! Mais bon, nous on avait quand même faim. On s’est retrouvé à cuisiné des darnes de saumons aneth-citron, du riz Uncle Ben (ou riz de grand-mère) pis des p’tits pois mange-tout. Pis on a bouffé le souper de fête de ma grand-mère sans ma grand-mère. Situation absurde, vous dites. Il y a des premières fois à tout… Finalement, elle est arrivée juste à temps pour le dessert. Pour souffler sur ses quelques bougies. En lui chantant joyeux anniversaire, j’ai senti un mini-motton au fond de la gorge. Parce qu’au fond j’étais en train de réaliser qu’il n’y en aurait pas cent autres gâteaux comme celui-là. Pas cent autres souper d’anniversaire comme celui-là. Le mini-motton de la petite-fille qui se rend compte que sa grand-mère a 92 ans et qu’il reste seulement quelques étés à cueillir les framboises dans son jardin, quelques printemps à ramasser des bouquets de muguets géants, quelques hivers à se vautrer dans les carrés au rice krispies… N’empêche qu’elle était contente d’avoir rater son souper d’anniversaire. C’était la première fois que ça lui arrivait… Après 92 ans. Comme quoi, les premières fois ne s’épuisent pas… Et que même à 92 ans, la vie nous réserve des surprises ratées ou des échecs réussis….

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