lundi 2 juin 2008

Ces jambes que j'aime hair

J'ai les jambes qui ont fait la guerre. À chaque fois que je les regarde (c'est-à-dire souvent puisqu'elles sont attachées à mon corps qui est attaché à ma tête qui est attachée à mes yeux), bref, à chaque fois que je les regarde c'est une plaie. On dirait qu'un tank a avancé-reculé dessus pendant près de vingt ans pis qu'en même temps un obus explosait directement dessus. Sans blague. Il y a ma bedaine que des fois je m'obstine à ne pas regarder, mes trop nombreux grains de beauté qui font la fiesta dans ma face, mes poils superflus trouvés dans des endroits incongrus. Il y a tout cela. Mais tout cela ne me dérange pas. Ou presque pas. Enfin, j'ai appris à vivre avec. Et quand même assez bien. Sauf pour mes jambes.

Plus je les regarde, plus j'ai envie de ne plus vivre avec justement. Ça date de longtemps. Ça date de quand j'étais plus jeune et que j'me suis tapée des problèmes de santé, dont des problèmes de circulation. Dans les jambes. Et puis depuis ce temps, chaque petite blessure devient une cicatrice qui ne guérit. Chaque petit bleu reste marqué à vie. Si bien que ma peau se transforme lentement en tableau abstrait. Scarifiée à l'excès. Chaque petite marque a son histoire. Des fois, des histoires dont je me rappelle encore. D'autres que j'ai fini par oublier. Sur mon pied gauche, la tache qui ressemble à une île, je me la suis justement faite aux iles de la madeleine, après être tombé d'un rocher pour me retrouver directement dans le fond de l'océan. Le pied enflé pis pu capable de marcher pour des vacances un peu différentes de ce que j'avais imaginées. La marque à la mi-jambe date de la seule et unique fois où je me suis rasée les jambes, avec un rasoir à papa trop coupant qu'on ne m'avait jamais appris à utiliser. Je me rappelle du sang dans la douche qui coulait abondamment. De la douleur de la coupure. Et de la décision de prôner l'épilation cette journée-là. Celle en dessous du genou me vient aussi des îles (j'aurai rapporté peu de cadeau mais beaucoup d'histoires de ce voyage). Sur la jambe droite, c'est l'horreur, il y a les marques de la journée prise dans les framboisiers de grand-maman, les marques de la journées prise dans les griffes du chat, les marques de la journée prise dans un match de volley-ball sans fin. Et les autres marques oubliées. Mais là. Comme mille histoires spectaculaires que je pourrais racontées à mes petits-enfants. Tu vois, ma petite-fille, cette cicatrice-là, grand-maman l'a eu le jour, où, dans un safari photographique en Australie, elle a sauvé des jumeaux-siamois allemands des mains d'un koala sanguinaire. Des histoires sans sens comme ça. Justement pour donner un sens à ces jambes sans dessus dessous. Martelé par la vie. Qui ont l'air d'en avoir 75. Alors qu'elles n'en n'ont que 27. Ces jambes que j'aime haïr. Parce que à la fois je déteste ces cicatrices affreuses, mais j'aime chacune des histoires qui se cachent derrière. Parce que ce sont mes histoires. Mes jambes. Et pas celle d'une autre...

P.S. À tous ceux qui me verront cet été, prière de me regarder dans le creux des yeux et non pas dans le creux des genoux... Merci....

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