mardi 15 avril 2008
Étrangement
J'étais sûre que j'allais m'en sortir indemne. Des relations échouées. Ne rien en garder. Les effacer. Et recommencer en neuf. Même je constate, ce soir, que j'en reste marqué. À chaque fois un petit peu. À chaque fois le moi change et n'est plus tout à fait le même parce qu'impregné par les habitudes de l'autre. Même si l'autre n'y est plus. Par exemple, étrangement, moi fille bordélique-plus-que-pas-possible, je fais maintenant ma vaisselle au fur et à mesure. Normal me direz-vous. Tout être humain le moindrement intelligent agit de cette façon plus que sensée. Ben non, voyez-vous. Pas moi. Moi, avant, j'avais la fâcheuse habitude de laisser la vaisselle trainer. Souvent dans l'évier. Mais aussi sous la table de chevet. Dans la salle de bain. Sur le dessus de la télé. Je le fais de moins en moins. Je la ramasse. Et la lave. Au fur et à mesure. Je vous jure. Et à chaque fois que je pose le geste, je me pose cette question: mais où elle est passé la fille que je connaissais ? celle qui attendait que la crasse sèche assez pour qu'elle s'émiette et qu'un seul coup de balayeuse suffise pour que le tout redevienne net-propre-sec. Dans mes gestes et dans mes actes, parfois, je ne me reconnais plus. Je vois l'autre. Je vois l'autre dans ce qu'il était. Dans sa façon de faire les choses qui des fois me déboussolait. Et c'est à ce moment-là que je comprends. Que je comprends que malgré l'absence de l'autre. Malgré le fait qu'il n'y a plus de nous. Il y aura toujours encore un peu de lui en moi. Un peu de ce qu'il était. Et de ce que je suis devenue. Un peu différement, évidemment. Mais quand même tatouées dans le fin-fond de moi ces petites manies (et autres balivernes) qui ne m'appartiennent pas et qui sont désormais miennes. Étrangement.
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