Le Québec. Maudit que j'aime ça. La neige qui déferle et nous envahit. Maudit que j'aime ça. Ça faisait longtemps me semble. Longtemps que le Québec avait pas ressembler à ça. Blanc. Froid. Avec des igloos en avant des maisons, même en ville. Ça faisait longtemps qu'en hiver à Montréal, j'avais pas crié : le Québec c'est ça, pis j'suis donc heureuse d'être québécoise. Deux fois en deux semaines après deux tempêtes que je retrouve afin mes racines. Qu'enfin en dedans de moi ça bouillonne comme le sirop d'érable au mois de mars. Pis maudit que j'aime ça.
Je l'aime le feeling de me dire: à soir j'pars de laurier pis j'trotte jusque chez nous. Dans neige jusqu'aux mollets. Des fois même jusqu'aux genoux. Avec le vent dans face. Parfois même qui frappe dans craque de fesses. Avec les frissons au menton. Pis l'air frais qui vous fait voler jusqu'au prochain coin de rue. Je l'aime le feeling de me dire : je résiste à la tentation. À la tentation de monter dans les trois bus 55 qui passe sous mon nez et qui pourraient m'amener pas mal plus vite et pas mal plus au chaud au pied de ma porte. Non ! Il en est pas question. Parce que le bol de lait au chocolat chaud qui va me dégeler les jointures j'veux qui vaille la peine d'être mérité ! J'suis québécoise, stie. Pis c'est ça être québécoise. C'est marcher pendant une heure et demie dans une tempête pis aimer ça. Sentir sa peau qui se rafermit sous le froid torride pis qui nous donne l'air 10 ans plus jeune. Avoir les mottons de neige qui pogne dans le faux poils synthétiques de votre fausse tuque aux apparences de l'est but made in china, pis les sentir dégeler et couler à grosses gouttes sur votre visage pour vous faire constater que le mascara waterproof que vous venez d'acheter ne l'est pas tant malgré toute les belles promesses d'Halle Berry. Escalader des trottoirs devenus invisibles et se prendre pour l'Indiana Jones version féminine quand vient le temps de traverser les rues sautant par dessus monts et trous d'eau avant que le p'tit bonhomme piéton ne laisse place à la main diabolique. Côtoyer dans les rues des grosses machines de guerre au ventre vombrissant et avaleur de neige et les admirer dans cette guerre que seul leur allié le printemps arrive à leur faire gagner. Ne plus reconnaître aucun être vivant tellement emmitouflé sous des tonnes de vêtements à moins de ne vraiment connaître le fond de sa prunelle par coeur. Morver assez pour que la rue St-Denis devienne le fleuve St-Denis. Se dire avant de sortir : si j'avions eu des raquettes, je les aurions mises ! Entendre le bruit étouffé de la neige sous ses pieds comme milles poèmes incompréhensibles susurrés à l'oreille d'un sourd. Vouloir aller faire un ange dans le parc Jarry. Et flatter tous les chiens noirs devenus gris qui attendent patiemment leur maître. Arrêter dans des boutiques de jouets pour enfants, juste le temps se réchauffer, de faire fondre le 5 livres de neige qui s'accumule dans votre sacoche et qui ralentit votre pas. Avoir les joues rouges de couleur comme si on avait passé 56 heures au soleil sans crème solaire. Se faufiler des chemins pour essayer de dépasser les amoureux qui marchent collés pour se réchauffer mais qui bloque la route, tellement la route a raptissé à cause d'la neige entassée. C'est pour tout ça qu'aujourd'hui, j'me sens québécoise. Pis fière. Pis heureuse. Parce que ça faisait longtemps que mon pays me l'avait pas rappelé. Aussi fort. Avec autant d'entêtement. Je suis de celle qui appartienne à un pays incontrôlable. Pas à cause de la guerre. Ni de la famine. Ni d'un ouragan. Ou d'une épidémie. Je suis de celle qui appartienne à un pays où l'hiver nous donne le goût d'exister. Et d'être québécoise. En entier.
Et puis oui, j'ai marché jusque chez nous. Je l'ai eu mon bol de chocolat chaud. Et c'était le meilleur bol de chocolat chaud. Pas parce qu'il était si bon. Mais parce qu'il était si mérité. Et puis oui, je le sais bien que rendu au mois de mars, j'vais en avoir ras le cul de la neige partout. Pis que j'vais juste plus m'en pouvoir de l'hiver qui finit pu et qui m'empêchera de porterla dernière création printanière mini-courte jupe d'un designer québécois quelconque. Je le sais déjà tout ça. Mais j'peux quand même pas m'empêcher aujourd'hui de dire: maudit que l'hiver au Québec, ça me donne un feeling so good, j'aurais d'la misère à vous l'faire comprendre.
dimanche 16 décembre 2007
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