dimanche 28 octobre 2007

Malgré les yeux qui chagrinent...

Elle avait les yeux qui coulaient.
Et pourtant aucun chagrin.
C'était ma grand-mère.
C'est ma grand-mère.
En fin de semaine. À qui j'ai rendu une visite express. Rapide. Le temps de partager un bol de céréales face-à-face. De lui montrer mes images de mon voyage aux iles cet été. De la faire rire. Une fois. Peut-être même deux. Le temps de partager avec elle le temps qu'il nous reste ensemble. Et qui chaque fois diminue un peu. Si précieux. Si condensé. De l'entendre me dire qu'elle ne peut plus déjeuner au comptoir de la cuisine comme avant parce qu'il est rendu trop haut... En sachant très bien toutes le deux que c'est plutôt elle qui rapetisse... À se demander d'ailleurs pourquoi elles s'appellent grands-mères ces p'tites femmes qui rétricissent devant nos yeux ? M'enfin. Je pourrais aussi commencer à me demander pourquoi les lapins ne font pas meuh. Pourquoi les plus gros boutons pullulent de bonheur le jour d'un premier rendez-vous. Pourquoi j'enlève toujours mes verres de contacts avant de chercher mes lunettes.

Elle avaient les yeux qui coulaient.
Et pourtant lumineux.
Quand je suis repartie.
En lui faisant la promesse de lui bâtir un mur de p'tits-enfants. Des portraits de tous nous autres de la famille qui appartenont à ce clan. Des photos. Sur ce mur. Derrière l'affreuse lampe-mobile beige qui fait un bruit immonde à chaque fois qu'on s'accroche dedans. Face à ce tableau du motorisé de mon grand-père sur fond de San Francisco années 70. Au-dessus du tapis vert qui ramasse trop la poussière. À côté du faux foyer en pierre. Un mur de petits-enfants souriants. Pour ma grand-mère. Qui malgré les yeux qui chagrinent, ne pleure jamais...

1 commentaire:

J. a dit…

Chanceuse. T'as eu des framboises? Des tartelettes? Des sourires de cheveux gris et de grosses lunettes? C'est pour ça qu'on les appelle les grand-mères, tu vois. Parce qu'elles sont grandes, vraiment...